Recevoir une relance pour une somme impayée peut être une source d’inquiétude, mais cela ne signifie pas toujours qu’il faut payer immédiatement. En effet, certaines dettes peuvent être prescrites, forcloses ou encore contestables pour divers motifs.
Pourtant, de nombreux créanciers continuent d’envoyer des relances, parfois sans fondement juridique, espérant obtenir un paiement.
Comment savoir si une somme réclamée est une véritable dette encore exigible ? C’est une question essentielle pour éviter de payer une somme injustifiée et protéger ses finances.
Cet article propose une méthode claire et efficace pour :
- Identifier précisément la nature d’une dette et vérifier son bien-fondé.
- Comprendre les règles de prescription et de forclusion qui limitent les droits des créanciers.
- Savoir quand et comment contester une dette en cas d’erreur ou d’abus.
Grâce à une analyse détaillée et des exemples concrets, il sera possible de mieux comprendre les droits en matière de dettes et d’éviter de payer des sommes qui ne sont plus légalement exigibles.
Vérifier la nature de la somme due (Étape 1)
Avant d’envisager un paiement, il est essentiel de déterminer si la somme réclamée correspond bien à une dette au sens juridique du terme. Selon la législation française, une dette est une somme due par une personne (le débiteur) à une autre (le créancier), en vertu d’un engagement contractuel, légal ou judiciaire. Il existe plusieurs types de dettes, dont les règles varient selon leur nature. Comprendre ce qu’est une dette et ses différentes formes permet de mieux analyser la situation et d’identifier si une somme réclamée est réellement due.
Les différentes catégories de dettes
Toutes les dettes ne se valent pas. Elles peuvent être classées en plusieurs grandes catégories, chacune régie par des règles spécifiques :
- Dettes bancaires : crédits immobiliers, prêts personnels, découverts bancaires autorisés. Ces dettes sont encadrées par le Code de la consommation et peuvent faire l’objet d’un recouvrement judiciaire en cas d’impayé.
- Dettes fiscales : impôt sur le revenu, taxe foncière, taxe d’habitation, amendes. L’administration fiscale dispose de pouvoirs spécifiques pour récupérer ces créances, y compris des prélèvements directs sur les comptes bancaires via un avis à tiers détenteur (ATD).
- Dettes sociales : trop-perçu de prestations sociales (CAF, Pôle emploi), cotisations sociales impayées, pension alimentaire due. Ces dettes sont souvent récupérées par voie d’huissier ou par compensation sur les prestations à venir.
- Dettes commerciales : factures impayées (électricité, téléphone, abonnement Internet, loyer). Certaines factures bénéficient de délais de prescription courts (un an pour les factures d’énergie et de téléphonie, trois ans pour un loyer impayé).
- Dettes privées : sommes dues entre particuliers, souvent matérialisées par une reconnaissance de dette. Pour être valable, cette reconnaissance doit respecter certaines conditions légales (écrite, signée, mention du montant en toutes lettres et en chiffres).
Vérifier les justificatifs
Avant de reconnaître une dette comme légitime, il est impératif de demander des justificatifs au créancier. En l’absence de preuve écrite, un paiement ne doit pas être envisagé. Les documents à vérifier sont notamment :
- Un contrat signé (crédit, bail, abonnement) prouvant l’engagement initial.
- Une facture détaillée pour les dettes commerciales.
- Un jugement de tribunal en cas de condamnation à payer une somme précise.
- Une reconnaissance de dette signée, qui constitue une preuve irréfutable d’un emprunt entre particuliers.
Si un créancier ne peut fournir aucun justificatif, la dette est contestable et ne doit pas être réglée sans vérification approfondie. En cas de doute, il est conseillé de consulter une association de consommateurs comme UFC-Que Choisir ou un conseiller juridique pour éviter tout paiement abusif.

Vérifier si la dette est encore exigible (Étape 2)
Une fois la nature de la dette identifiée, il est essentiel de vérifier si elle est encore exigible légalement. En effet, chaque dette est soumise à un délai de prescription au-delà duquel le créancier ne peut plus réclamer son paiement en justice. Ce délai varie selon le type de dette :
- Crédits à la consommation : une dette issue d’un crédit conso est prescrite après 2 ans à compter du dernier paiement ou d’une relance officielle. Passé ce délai, l’établissement financier ne peut plus engager de poursuites judiciaires.
- Dettes fiscales : la durée de prescription varie selon la nature de l’impôt. Par exemple, l’impôt sur le revenu est prescrit après 3 ans, tandis que les impôts locaux ou la TVA peuvent être réclamés jusqu’à 10 ans (source officielle).
- Factures d’énergie et de téléphonie : toute facture d’électricité, d’eau, de gaz ou de téléphone impayée est prescrite après 1 an. Si un fournisseur tente de récupérer une somme plus ancienne, il est possible de contester cette demande.
- Loyer impayé : les dettes locatives ont un délai de prescription de 3 ans pour les locations vides et 5 ans pour les logements meublés. Un propriétaire ne peut donc pas exiger des loyers impayés remontant à plus de 36 mois.
- Reconnaissance de dette entre particuliers : une dette privée non réglée est prescrite après 5 ans, sauf si elle est reconnue sous acte notarié, auquel cas la durée s’allonge à 10 ans.
Différence entre prescription et forclusion
Il est primordial de distinguer prescription et forclusion, deux notions souvent confondues.
- Une dette prescrite est une somme dont le délai de réclamation a expiré. Le créancier ne peut plus contraindre légalement au remboursement, mais il peut encore tenter une relance à l’amiable.
- Une dette forcluse, quant à elle, signifie que le créancier a dépassé le délai pour engager une action en justice. Par exemple, si une banque ne poursuit pas un emprunteur dans les 2 ans suivant le dernier impayé d’un crédit à la consommation, elle perd définitivement ce droit.
Dans certains cas, un simple courrier de relance ou une mise en demeure peut interrompre la prescription et redémarrer le délai. Il est donc important de vérifier chaque document reçu, notamment les mentions légales indiquant une éventuelle reconnaissance de la dette.
Avant de payer une somme réclamée, il est recommandé de se renseigner sur les délais légaux applicables et de vérifier si la dette est encore exigible. Des ressources comme le site de la Banque de France ou des associations de consommateurs peuvent apporter un éclairage précieux sur ces questions.
Vérifier l’existence d’un titre exécutoire (Étape 3)
Lorsqu’un créancier réclame le paiement d’une dette, il est essentiel de vérifier si celle-ci repose sur un titre exécutoire. Ce document juridique lui donne le droit d’engager des procédures de recouvrement forcé comme une saisie sur salaire ou une saisie bancaire. Sans titre exécutoire, un créancier ne peut pas exiger de paiement par voie judiciaire.
Qu’est-ce qu’un titre exécutoire ?
Un titre exécutoire est une décision officielle qui reconnaît et valide une dette. Il permet au créancier de procéder à des mesures coercitives pour obtenir son règlement. Sa validité est en général de 10 ans, avec possibilité de renouvellement en cas d’action en justice.
Les principaux titres exécutoires sont :
- Un jugement de tribunal, reconnaissant officiellement la dette et ordonnant son paiement.
- Une injonction de payer, délivrée par un juge à la demande du créancier.
- Un acte notarié avec clause exécutoire, souvent utilisé pour les reconnaissances de dette entre particuliers.
- Un avis à tiers détenteur (ATD) ou une saisie administrative à tiers détenteur (SATD), pour les dettes fiscales et sociales (impôts, CAF, URSSAF).
Un créancier sans titre exécutoire n’a aucun droit d’exiger un paiement forcé. Il ne peut que tenter une relance amiable, souvent par l’intermédiaire d’une société de recouvrement.
Où vérifier l’existence d’un titre exécutoire ?
Avant de payer une dette réclamée, il faut s’assurer qu’elle repose bien sur un titre exécutoire valide. Voici comment procéder :
- Examiner les courriers officiels reçus. Un créancier doit notifier l’existence du titre avant toute procédure forcée.
- Demander une copie du titre exécutoire au créancier ou à l’huissier chargé du recouvrement.
- Vérifier la date d’émission : un titre exécutoire n’est plus valable après 10 ans, sauf en cas de renouvellement.
- Se renseigner auprès du tribunal qui a rendu la décision si un jugement a été prononcé.
- Consulter la Banque de France en cas d’inscription au Fichier des Incidents de remboursement des Crédits aux Particuliers (FICP).
Attention aux abus des créanciers
Certains créanciers ou sociétés de recouvrement tentent d’intimider les débiteurs en réclamant des dettes sans titre exécutoire valide. Ils envoient des lettres menaçantes ou font pression pour obtenir un règlement immédiat, parfois en toute illégalité.
💡 À lire absolument : 4 manières dont les créanciers peuvent abuser de vos droits
Si une dette est réclamée sans justificatif clair, il est recommandé de ne pas payer immédiatement et d’exiger la preuve d’un titre exécutoire.
Quels sont les recours en cas de litige ?
Si un créancier prétend avoir un titre exécutoire mais refuse d’en fournir la preuve, voici les démarches à suivre :
- Envoyer un courrier recommandé avec accusé de réception pour exiger une copie du titre exécutoire.
- Consulter un huissier ou un avocat spécialisé en droit du recouvrement pour analyser la situation.
- Saisir le tribunal compétent pour contester la dette en cas de procédure abusive.
Vérifier l’existence d’un titre exécutoire est une étape clé pour éviter de payer une dette illégitime ou de subir des abus de la part des créanciers.
Contester une dette en cas d’erreur (Étape 4)
Recevoir une demande de paiement ne signifie pas forcément qu’elle est justifiée et légitime. Certaines dettes peuvent être prescrites, erronées ou déjà réglées, mais continuent d’être réclamées par des créanciers ou des agences de recouvrement. Avant de payer, il est essentiel de vérifier si la somme demandée est réellement due.
Quand une dette peut-elle être contestée ?
Une dette peut être contestée pour plusieurs raisons légales :
- La dette est prescrite
Chaque type de dette a un délai de prescription, après lequel le créancier ne peut plus exiger de paiement. Vérifier ces délais permet d’éviter de régler une somme que l’on n’est plus tenu de payer. (👉 Voir la section sur les délais de prescription). - Le créancier ne possède pas de justificatif valide
Un créancier doit obligatoirement prouver l’existence de la dette avec un document officiel :- Contrat de prêt signé
- Facture détaillée
- Jugement de tribunal
- Reconnaissance de dette écrite et signée
- Le paiement a déjà été effectué
Les erreurs de relance sont fréquentes, notamment lorsque des créanciers oublient d’actualiser leurs bases de données. Il est donc important de vérifier ses reçus, relevés bancaires et preuves de paiement avant de répondre à une demande. - Le montant réclamé est incorrect
Certains créanciers appliquent des frais abusifs ou des intérêts illégitimes, gonflant artificiellement le montant dû. Vérifier les détails de la somme réclamée permet d’éviter une surfacturation.
💡 Bon à savoir : Certains organismes de recouvrement réclament des dettes sans être mandatés officiellement ou en exerçant des pressions illégales. Dans ce cas, ne pas payer immédiatement et exiger une preuve officielle.
Comment contester une dette ?
Si une erreur est détectée, il est possible de contester la demande de paiement en suivant ces étapes :
1️⃣ Demander un justificatif écrit au créancier
- Contacter le créancier par courrier recommandé avec accusé de réception.
- Exiger une preuve écrite de la dette (facture, contrat, titre exécutoire).
- Préciser qu’en l’absence de justificatif valide, la dette est inexistante.
2️⃣ Envoyer une lettre de contestation
Si le créancier persiste sans fournir de preuve valable :
- Rédiger une lettre de contestation mentionnant les motifs de refus de paiement.
- Joindre les preuves nécessaires (preuves de prescription, justificatif de paiement, etc.).
- Envoyer la lettre en recommandé avec AR pour avoir une trace légale de la demande.
📌 Modèle de lettre disponible ici 👉 Contester une dette injustifiée

3️⃣ Faire appel à un médiateur ou à la justice
Si le litige persiste :
- Saisir un médiateur (Banque de France pour les dettes bancaires, DGCCRF pour les dettes commerciales).
- Porter plainte en cas de harcèlement ou de menace.
- Saisir un juge pour obtenir une annulation officielle de la dette si elle est injustifiée.
👉 Où signaler un abus ? Service public – SignalConso
⚠️ Attention aux arnaques et pressions abusives
De nombreux créanciers ou sociétés de recouvrement tentent d’intimider les débiteurs pour les pousser à payer une somme qui n’est pas toujours légitime. Ne jamais céder aux menaces sans avoir vérifié la validité de la dette.
Contester une dette est un droit, notamment si elle est prescrite, mal justifiée ou erronée. Prendre le temps de vérifier les justificatifs, demander une preuve écrite et, si nécessaire, saisir un médiateur ou la justice permet d’éviter de payer une somme injustifiée.
🚀 Ne payez jamais une dette sans vérification ! Avant toute chose, exigez une preuve écrite et utilisez les recours disponibles.
Conclusion : Ne payez pas sans vérifier !
Avant de régler une somme réclamée, il est essentiel de vérifier sa légitimité. Beaucoup de dettes peuvent être contestées, prescrites ou même erronées, et des créanciers peu scrupuleux profitent souvent du manque d’information des débiteurs.
✅ Récapitulatif des étapes clés
Pour éviter les paiements injustifiés, voici les 5 étapes essentielles à suivre avant de payer une dette :
1️⃣ Identifier la nature de la dette
- Vérifier si elle est bancaire, fiscale, sociale, commerciale ou privée.
- S’assurer qu’elle est bien une dette légitime et exigible.
2️⃣ Analyser la validité de la demande
- Exiger un justificatif officiel : facture, contrat, jugement, reconnaissance de dette.
- Vérifier que le créancier est bien en droit d’exiger le paiement.
3️⃣ Contrôler les délais de prescription et de forclusion
- Une dette prescrite ou forclose ne peut plus être légalement réclamée.
- Identifier si le délai légal est dépassé selon le type de dette.
4️⃣ Vérifier l’existence d’un titre exécutoire
- Un jugement ou un acte notarié peut prolonger la durée de la dette (10 ans).
- Consulter un huissier ou la Banque de France en cas de doute.
5️⃣ Contester en cas d’erreur ou d’abus
- Demander des preuves écrites avant toute démarche.
- Envoyer une lettre de contestation en recommandé.
- Saisir un médiateur ou la justice en cas de litige persistant.
💡 Important : Ne jamais céder à la pression d’une société de recouvrement sans avoir vérifié la légitimité de la dette.